Ma préoccupation se situe autour de cette grande question, toujours irrésolue, du rapport entre les êtres, cet équivoque qui reste un besoin d'autrui, pour vivre et exister.

C'est la magie d'un être discontinu qui génère une espèce continue, «l'entre deux des corps, la chair infiniment douce de l'amante, le fantasme d'une possible continuité entre des sujets discontinus, l'imaginaire de la caresse et de la fusion».

C'est un instinct de survie, de procréation au sens large du terme, inscrit en chacun de nous, la fabuleuse alchimie du rapport amoureux face à la fragilité de la bulle de savon faite par un enfant (Chardin), d'une sculpture de l'éphémère.

C'est une théorie émettant l'hypothèse que ce furent les premiers cris d'amour qui stimulèrent l'apparition du langage (Otto Jespersen). La dualité de l'homme et de la femme, un mouvement sans fin, une spirale qui nous pousse dans une gigantesque course de relais, un combat de la vie face à la mort.

Mon travail s'articule et se forme par nécessité. J'appréhende la matière plus par improvisation que par projet. L'idée et la forme sont définies à l'avance, mais la mise en oeuvre est impulsive et a son mot à dire dans le résultat de l'objet. J'aime être séduit par la matière.

Il n'y a pas de spécialisation d'un matériau. J'utilise les matériaux les plus divers, sortis d'un contexte de l'ordre de l'ordinaire. A l'aide de matières ordinaires, je tisse, je fabrique des objets qui parlent de quelque chose généralement inexprimé, mais pourtant toujours perçu inconsciemment.

Je déambule, j'expérimente, je butine.